23 avril 2015

Ecrire

Depuis septembre à travers l'atelier d'écriture, j'ai commencé à rédiger une série de courts textes. Ils abordent la question de la filiation, du rapport à la famille ainsi que du paysage et de l'environnement.Trois personnages centraux, trois générations différentes, trois lieux : une ville au bord du littoral, une maison familiale dans un environnement rural, un ailleurs lointain. Le projet est en construction, la forme final reste à définir...

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Une tête d'ours et de chèvre

zubietafire

© photographie: Anne Laure Garicoïx

 

Un palmier à l'horizon se dresse, il est inaccessible, tel une boussole ses feuilles indiquent différentes directions.

Annie est entourée de ses parents. A sa gauche, son père à la carrure imposante et massive, est aussi solide que la roche de la montagne. Pour l'occasion, il a revêtu une peau. A sa droite sa mère, elle porte une chemise d'Arlequin : à grands carreaux rouge et jaune, recouvrant son ventre déjà bien rond. Ce jour là, Annie est une étoile scintillante coiffé de son couvre chef pointu, elle brille de joie et d'excitation. Au milieu de la cour, ses grands parents ne participent pas au festivité. Ils sont déjà âgés. Sur le goudron fissuré, ils sont sortis de la maison pour embrasser leur petite fille. Ils sont venus l'admirer, l'embrasser, lui dire combien elle est guapa. Les cloches ont sonné, Annie et ses parents s'empressent de rejoindre les autres. Le chien veut les suivre mais le grand père siffle. Juste un fois. La bête fait demi tour, elle sait ce qui l'attends si elle ne lui obéit pas.

Ils sont sur la place du village, Annie aperçoit une tête d'ours et de chèvre. Les pétards résonnent, le feu crépite, la chaleur est réconfortante, elle contraste avec le froid mordant qui saisit ses petites joues. Au loin, les voix de ses tantes maternelles lui parviennent. Son père s'éloigne et rejoint les autres hommes, ils entament un chant profond et ancien venu des ténèbres. Le cortège se met en marche. Ils sillonnent les ruelles, ils gravissent les légères pentes. Ils font des arrêts sur le pas de la porte des uns ou sous la grange des autres. A mesure que la procession avance, la boue se propage mais ils ne s'en soucis pas. Le rire est plus fort.

Lorsque la nuit tombe, ils se réfugient sous le chapiteau, le fête ne fait que commencer. Annie retrouve ses voisins, ils sont plus grands mais elle se fait accepter. Ils dansent, ils chantent, ils chahutent, ils rient, ils tombent et ils se relèvent comme les adultes. Annie finit par s'endormir dans les bras de sa mère. Il est tard, la lune est déjà bien haute.

Le lendemain matin, le village est comme après une tempête. L'eau coule le long des rigoles, la paille jonche le sol. Quelques barricades tiennent encore debout. Le cantonnier a déjà entamé le nettoyage, lorsque certains dorment encore profondément. 

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Le jour où la pluie était étincelante

C'était un jour de douce pluie, une eau si fine presque invisible. La lumière était intense, des percées de jour traversaient le pare-brise inondant de clarté le chemin d'Annie. Elle roulait lentement se laissant bercer par la route qu'elle connaissait si bien. Ce trajet était une parenthèse, un apaisement, une inspiration dans sa journée. Elle décida de prolonger l'instant en prenant l'itinéraire de la petite route, celle de la corniche qui longe l'Océan. Elle se situait à la frontière entre la terre et la mer.

 A sa droite, des champs d'herbes et de fleurs sauvages d'un vert éclatant, flamboyant presque phosphorescent couvraient la surface du sol. Autour, quelques taches noires ailées observaient amarrées à des piquets. Au loin, les arbres effectuaient une danse sensuelle sensé séduire le tonnerre. De ci, de là, des fourrés épineux restaient immuables comme des blocs monolithiques.

 A sa gauche, se déployait l'Océan, un lit d'écume vaporeux et hypnotique. Les vagues approchaient les rochers avec effronterie, elles ne semblaient pas effrayées par le bord tranchant, ni par la peau rugueuse des cailloux. Elles étaient plus douces avec le sable, comme si il s'agissait de jeunes enfants, elles venaient les caresser et les recouvrir avec tendresse.

Annie décida de se garer pour profiter du spectacle. Elle resta emmitouflé dans sa carapace de taule et de ferraille, insensible, au froid et au vent. Le ventre de l'Océan, poumon gonflé d'air continuaient d'effectuer sa respiration, aspirant, expirant à intervalles réguliers. Rien ni personne ne pouvait arrêter cette force vitale. Au loin, à l'Ouest un bout de terre était à peine perceptible, un mirage, il était à la fois réel et irréelle. Autour, l'eau et le ciel formait un ensemble monochrome. La pluie s'intensifia soudain, le soleil ne déclina pas, au contraire il redoubla d'effort comme par élan de solidarité. A cet instant, les gouttes épaissirent, elles se mirent à se parer de leurs plus beaux diamants. Elles scintillaient, elle dansaient, la pluie miroitait tel de l'or. Un trésor éphémère apparaissait devant son regard. Il s'agissait probablement de l’oeuvre d'un djinn céleste mettant à l'honneur la poésie du réel. Annie écarquilla les yeux, elle était une enfant devant un spectacle de magie. Consciente du cadeau que lui offrait la nature, elle ne voulait pas en perdre une seule miette. Le bouquet final débuta, le soleil déclina lentement en s'empourprant d'une lueur orangé presque rouge. La pluie diminua prémisse de la fin imminente. Les étoiles de pluie cessèrent de briller, le bord de mer revêtit son habit ordinaire. Le spectacle s'acheva aussi rapidement qu'il avait débuté.

 Elle salua avec ferveur ce paysage puissant et beau. Elle reprit sa route, les pensées et le coeur emplies de sérénité et de plénitude que le paysage lui avait donné.

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30 janvier 2015

 

weblac

 

webmaison_gardere

 

webportail

 

webmaison_souche

 

Je me suis levé un matin, le ciel était orange. La chaleur n'était pas insoutenable,

au contraire il faisait frais. Les arbres dansaient légèrement d'Ouest en Est, seules

les feuilles bougeaient en suivant une chorégraphie très précise, les troncs bien plantés

attendaient leurs tours. Dans le pré voisin, le coucou s'est mis à chanter. Il était déjà au

travail. Sous mes pas la terre humecte une forte odeur de terre fraîche. Hier soir, les bêtes

sont passées. Je descends les quelques marches presque invisibles qui me sépare du lac.

Je m'installe un instant-là pour observer. La surface de l'eau est immobile, vu de dessus

aucune vie n'est soupçonnable. Mais, je sais qu'ils sont là, tapis au fond, entrelacés dans

les algues et le terreau humide. Aujourd'hui, ils ne veulent pas sortir. Je poursuis mon

chemin en direction du potager. Le vent a bousculé le portillon, je le redresse. L'eau fraîche

récoltée la veille m'attend. Je m'asperge le visage. Je suis désormais un nouvel homme :

vivant. Mon ouvrage peut commencer, je façonne à la main en respectant les formes des

vallons et la courbe des sentiers, au rythme de la brise et de la lumière. J'entends au loin

le son imperceptible des cloches, je ne serais dire quelle heure il est. Ici, le temps s'est

arrêté. 

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10 novembre 2014

A propos de mon travail

Au commencement une satisfaction de fabriquer avec ses mains.

Un besoin de faire et d’inventer.

Une passion pour la couleur, une envie d’écrire.

À travers l’image, je cherche, je fouille, j’expérimente...

L’espace-livre me permet de développer de courts récits.

 

Ma pratique s'articule autour de la peinture et de l'illustration.

Je crée pour les adultes, pour les enfants, pour les curieux.

A travers des albums jeunesses et des livres-objets, je cherche une spontanéité,

une expressivité de la couleur, un équilibre des masses.

Sensible aux mots, je développe un intérêt pour l’écriture.

Mes inspirations et mes influences viennent de voyages d'ailleurs, de souvenirs

d'ici et d’histoires de partout.

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29 septembre 2014

Habile Cultivateur

Debout, les pieds enfoncés dans la terre jusqu'aux chevilles. Il se laisse engloutir par la férocité du vent, il est solide et bien planté, comme un chêne. Habile cultivateur, il ne peut s'habituer à cette urbaine comédie. Il ne joue pas, il ne fait pas semblant, il n'est pas bercé d'illusions. Attentivement, il effectue les gestes la tête basse. Éblouissante lumière de midi, il relève les yeux vers la pluie. Éloigné de toute exiguïté contrainte et forcé, il respire à pleins poumons, il force avec tous ses muscles, il souffle de tout son corps. L'heure d'après, sa vision se trouble, il n'y voit plus clair. Le mauvais temps a eu raison de lui. Sa voix tel un soupir énonce une dernière sentence. Il récupère ses outils et débute sa marche dansante jusqu'à l'abri.

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15 août 2014

Le Rivage

Elle vivait là depuis presque cinq ans, elle avait vu l'annonce sur internet, elle avait postulé pour ce travail de femme de ménage dans cet hôtel deux étoiles. Il y avait noté: «avec vue sur l'océan». Avec son expérience et son jeune âge, elle reçut une réponse positive quelques jours après. Elle pris un billet simple Mayotte-Paris. Au téléphone, le gérant de l'hôtel lui avait précisé, nous sommes situés juste en face du bar le Rivage. Elle était montée dans le bus Paris-Dunkerque et elle était arrivée lui semble t-il au bord du monde. Elle s'est vite sentie à l'aise, elle s'est habituée au climat, à la lumière, à la façon de parler, de manger et de cuisiner. Son plaisir et son rituel de l'après midi pendant sa pause de 15h à 17H, était de marcher des heures durant sur la plage emmitouflée de la tête jusqu'aux chevilles. Seul ses pieds étaient nus sur le sable froid, dur et mouillé. A cet instant là, elle se sentait simplement vivante. La couleur de sa peau contrastait avec la couleur claire du sable fin. Elle déambulait jusqu'à la jetée qui se situait à deux kilomètres puis elle revenait, parfois elle prenait le bus et elle marchait à la découverte d'autres plages. Avant de reprendre son service, elle allait toujours boire un café au Rivage, elle s'était lié d'amitié avec les gérants. C'est là, qu'elle rencontra son futur mari. 

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08 août 2014

Astres et forêt

Au cœur de la forêt, trône la lumière galactique. Maître évasif pose ta question aux Mondes Suspendus, translucides et inodores. La chouette en guise de réponse pousse un cri déchirant. Derrière le fragile séneçon, dans les ronciers une masse fantomatique se déplace avec une furtive délicatesse. La bourrasque purifie les êtres, comme les choses. L'humidité et la fraîcheur sont désormais palpables. Avec le temps, j'apprends à me laisser bercer par les satellites stellaires.

Trop d'astres, trop de rébus, trop d'obscures présences, elle quitta le bosquet. Au bord du chemin, la lune est plus clémente. L'atmosphère est plus sèche, moins fraîche. Une minute ou quelques heures passent. La solide et solitaire obscurité ne veux pas céder. Quelques feuilles de chicorée, une fleur de pissenlit me confirme ma destinée. 

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03 août 2014

Couvre-chef

Il l'a porté été comme hiver malgré le tissu rugueux et épais. Elle le protégeait aussi bien du froid que du chaud. C'était une casquette gavroche à la visière courte mais large, le haut du couvre-chef lui était légèrement bouffant surplombé d'un moyen bouton.

«Elle a fait la guerre» disait-il en plaisantant. Elle avait l'âge, tout comme lui elle était vieille et usée de l'intérieur.

Elle paraissait toujours extrêmement assortie à ses tenues, surtout à ses pantalons en velours couleurs automne. Elle était verte kaki à large carreaux, de ce fait elle était aussi idéale pour aller à la chasse.

Un jour, je trouvais le courage de lui poser la question qui me tourmentait l'esprit.

«-La nuit est-ce-qu'elle dort ta casquette?

-Oui bien sûr, m'avait il répondu, mais l'embêtant c'est qu'elle ronfle et ronronne. C'est pour cela que je l'enferme toujours dans mon tiroir.»

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29 juillet 2014

La traversée du Nil

Au commencement, il y avait l'alpha. La terre de nos ancêtres, le continent africain, le passé avec la peur, l'oppression et la guerre.

L'Oméga, c'était la terre promise, la terre d'accueil, l'espoir de liberté, le sol italien, l'Europe avec un grand E. Dans mes rêves, la Méditerranée était tel un fleuve paisible et calme peuplé de sirènes, de trésors enfouies et d'espérance. Dans mes pires cauchemars, il s'agissait de la traversée du Nil peuplée de crocodiles et autres créatures aquatiques.

Je ne savais pas nager, mais Moïse n'ont plus m'avait-on enseigné. Je croyais en Dieu, je faisais confiance au Destin, à ma bonne étoile. J'étais un doux rêveur dès mon plus bel âge, sur les six personnes de ma fratrie, j'étais le seul à avoir survécu à l'épidémie et à la guerre. La rêverie préserve l'âme et le corps me semble t-il. 

Je poserais les pieds sur le sol européen. Je comptais honorer ma parole.

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